HISTOIRE

La Chine correspond à un des foyers majeurs de civilisation, et elle est devenue dès la première dynastie des Qin une vaste zone politiquement et linguistiquement relativement unifiée, avec une culture avancée, devançant le reste du monde dans de nombreux domaines tels que les arts, la médecine et les techniques. Durant deux millénaires, la Chine a subi l'influence alternée de forces centrifuges et centripètes. Lorsque le pouvoir central de l'empereur se délitait et que la cour était la proie des factions rivales et des intrigues, que l'administration ne pouvait plus remédier aux famines et aux catastrophes naturelles et qu'elle ne parvenait plus à contenir la pression des « barbares » qui opéraient de vastes razzias dans les régions frontalières, des mouvements de révolte de paysans affamés déchiraient le pays, des sectes millénaristes voyaient le jour et les provinces lointaines se retrouvaient sous la coupe de chef de guerre ne reconnaissant plus l'autorité de l'empereur. Enfin ceux-ci se proclamaient eux-mêmes Fils du Ciel, divisant l'empire en royaumes rivaux se livrant à des guerres incessantes et montrant ainsi que l'empereur avait perdu le Mandat du Ciel. Quand un chef de guerre, parfois issu de la paysannerie, se révélait plus habile que les autres et parvenait à reprendre le contrôle de l'entièreté du pays, les Chinois considéraient qu'il avait reçu un nouveau Mandat du Ciel et il pouvait fonder une nouvelle dynastie. La Chine a aussi connu deux dynasties étrangères : celle des Yuan, mongole, et celle des Qing, mandchoue. Les dynasties chinoises qui ont réussi à stabiliser le pays pendant de longues périodes de paix sont celles des Han, des Tang, des Song, des Ming et des Qing. Elles ne correspondent pas forcément aux périodes les plus fertiles de la créativité chinoise mais, à l'exception de la dernière (les Qing mandchous), elles correspondent à des périodes de prospérité pendant lesquelles on peut considérer que la Chine était le plus grand, le plus stable et le plus riche des États du monde. Même pendant les périodes d'unité, la Chine a toujours consisté en un tissu de cultures très diverses, et la variété des cuisines, des dialectes, des habitudes et des modes de vie ne doit pas être éclipsée par l'étonnante unité culturelle, administrative et politique de ce pays à l'échelle d'un continent. Cette unité et continuité peut être attribuée en grande partie à une particularité de l'écriture chinoise : relativement détachée de la phonétique, elle permet de noter de la même façon des langues et des dialectes très différents. Lors de la Révolution Industrielle initiée en Angleterre, la Chine des Qing a choisi de se fermer à l'influence étrangère (ce qui n'était pas le cas sous les autres dynasties, en particulier celle des Tang), et on peut considérer que de cette décision date son déclin économique et technologique. Pendant le XXe siècle, elle a été soumise à une très forte pression des puissances économiques, militaires et coloniales occidentales. Contrainte par la force des armes d'accepter les Traités inégaux, qui donnaient aux étrangers des droits d'implantation et de commerce à l'intérieur du pays, elle s'est vue découpée en zones d'influences allemande (dans le Shandong), française (au Yunnan) ou anglaise (ailleurs). En 1911, l'empire est aboli sous la pression des intellectuels et hommes politiques progressistes, et la république est proclamée en 1919. Suit une période d'incertitudes et de chaos, puis l'unité nationale est retrouvée contre l'envahisseur japonais. Le Japon défait par les Alliés, la Chine se divise à nouveau, principalement entre les partisans communistes de Mao Zedong et le parti nationaliste de Tchiang-kai-chek (le Kuomintang). L'armée rouge, après les déboires de la Longue marche, finit par repousser les nationalistes à la mer, et ceux-ci se replient sur l'île de Taïwan. Mao Zedong proclame la République populaire de Chine en 1949 sur la place Tian'anmen. Pendant la seconde moitié du XXe siècle, la Chine continentale est dirigée par le Parti Communiste Chinois. Sous l'impulsion de Mao Zedong, des grands mouvements seront lancés, comme le Grand bond en avant ou la Révolution culturelle, dont les conséquences sur le peuple chinois sont controversées. La position officielle chinoise reconnaît que le Grand bond en avant a eu des conséquences néfastes sur certaines parties de la population, et certains analystes considèrent que cette tentative de « rattraper l'Angleterre industrielle en dix ans » a été un des rares épisodes, sinon le seul, ou cette terre chinoise profondément agricole et fertile a été délaissée au point de ne plus pouvoir nourrir ses « enfants » : de 1959 à 1961, le Grand bond en avant fit, selon les estimations, entre 20 et 43 millions de victimes. Le Parti Communiste a officiellement reconnu que la Révolution culturelle était une erreur de Mao, que le culte de la personnalité qui l'a accompagné a été exagéré, et que le pays a été plongé dans le chaos et l'anarchie. Lors de cette quasi-guerre civile, la culture chinoise classique est mise au pilori et les influences occidentales sont condamnées. Des intellectuels sont torturés ou envoyés dans les « camps de rééducation par le travail » (les laogai), de nombreux temples sont brûlés, des monuments sont pillés par les Gardes Rouges, ces jeunes fanatisés et embrigadés dans le culte de la « pensée Mao Zedong ». La lutte des factions, matée ensuite par l'armée, aurait entraîné la mort de plus de 5 millions de Chinois. Des observateurs comme Simon Leys (dans son ouvrage Ombres chinoises, 1974) ont très tôt alerté les consciences sur ce drame humain, mais les intellectuels occidentaux (en particulier français) qui ont défendu le maoïsme et la Révolution culturelle à cette époque ont été nombreux. Après la mort de Mao, la Chine est restée nominalement communiste, mais, sous l'impulsion en particulier de Deng Xiaoping, elle a graduellement évolué vers une économie plus libre, dite « socialiste de marché », permettant le déploiement de l'activité commerciale et industrielle chinoise, qui en font aujourd'hui l'« usine du monde » et une puissance émergeante dont le taux de croissance s'approche régulièrement des 10 %.

POLITIQUE

La Chine est une république populaire dont les institutions et le fonctionnement administratif ont été fortement inspirés par ceux de l'URSS et des autres pays soviétiques. Cependant le communisme chinois est aussi imprégné de la spécificité chinoise. Sa principale différence historique peut se voir dans son remplacement, dans la théorie marxiste de la lutte des classes, de la classe ouvrière par la classe paysanne, comme moteur principal de la révolution. La vie politique chinoise est aujourd'hui encore centrée sur le Parti communiste chinois et son régime peut être qualifié de « démocratie populaire à parti unique ». Dans la mesure où le pays ne connaît pas d'élections nationales, il est difficile de savoir si la population soutient ou non le gouvernement et le Parti. Des entrepreneurs ou des personnalités civiles ont été récemment intégrés dans les mécanismes de décision mais ceux-ci restent peu transparents aux observateurs extérieurs. Des entorses aux Droits de l'Homme et une censure exercée à l'encontre des média sont souvent dénoncés par les associations. Ainsi selon le rapport annuel de RSF publié le 26 octobre 2004, la liberté de la presse n'est pas respectée en Chine, qui se trouve en 162e position sur 167. Des mouvements pro-démocratiques comme le Mouvement Démocratique Chinois cherchent actuellement à promouvoir des réformes politiques accompagnant les réformes économiques en cours. De même, des dissidents politiques en exil dénoncent l'opacité du gouvernement et l'arbitraire des décisions du Parti. En 1989, les manifestations de la place Tienan Men, durement réprimées par l'armée, ont été perçus comme un recul en arrière et une rigidification politique par de nombreux observateurs. Aujourd'hui cependant, le nouveau poids économique, diplomatique et culturel de la Chine dans le monde, son entrée récente dans l'Organisation Mondiale du commerce, l'augmentation sensible du niveau de vie et l'ouverture au monde font que la forme et les motifs des critiques occidentaux ont changé. Ces critiques sont relativement mal perçues par la plupart des chinois, qui y voient, non sans raison, le signe d'une incompréhension de la réalité chinoise et d'une ingérence malvenue, voire un reste de complexe de supériorité coloniale, quand ce n'est pas tout simplement une carte de plus jouée sur la table des négociations sino-américaines. Cependant le gouvernement central semble prêt à certaines concessions et souhaite que le pays acquière une respectabilité internationale, d'accord sur ce point avec les Chinois eux-même, qui ressentent généralement une grande fierté d'être membre d'un peuple à l'histoire si riche et à la culture si fertile. Pour les observateurs optimistes, la question des réformes politiques est devenue une simple question de temps, celles-ci ne pouvant que suivre les réformes économiques et l'ouverture. Pour d'autres, plus pessimistes, l'évolution politique chinoise est essentiellement cosmétique et seule une nouvelle révolution serait capable de faire entrer la Chine dans la démocratie, préalable à une véritable expansion économique partagée. Il est difficile de recueillir l'avis du peuple chinois lui-même sur ces questions délicates, mais il semble que ceux qui souhaitent de nouveaux bouleversements en profondeur sont très peu nombreux, tant que l'essort économique permet à chacun de tenter sa chance et qu'un minimum de liberté individuelle est préservé.

GEOGRAPHIE

La Chine est le troisième pays du monde en superficie (après la Russie et le Canada) et possède une grande variété de climats et de paysages. À l'est, le long des rives de la mer Jaune et de la mer de Chine orientale se trouvent de vastes plaines alluviales très densement peuplées ; les rives de la mer de Chine méridionale sont plus montagneuses et la Chine du sud est dominée par des zones vallonnées et des chaînes de montagnes de faible altitude. Dans le centre-est se trouvent les deltas des deux principaux fleuves de Chine, le Huang He et le Chang Jiang. Parmi les autres rivières importantes, on compte le Xi Jiang, le Mékong, le Brahmapoutre et l'Amour. A l'ouest, d'importantes chaînes montagneuses, notamment l'Himalaya avec le point le plus élevé de Chine (et du monde), le mont Everest, ainsi que de hauts plateaux supportant des paysages très arides comme les déserts du Takla-Makan et le désert de Gobi. En raison d'une sécheresse prolongée, ainsi peut-être qu'à de mauvaises pratiques agricoles, des tempêtes de poussière sont désormais communes durant le printemps en Chine. Selon l'Agence chinoise de protection de l'environnement, le désert de Gobi s'est étendu et est une source majeure des tempêtes de poussière qui affectent la Chine ainsi que d'autres parties du nord-est asiatique, comme la Corée et le Japon.

ECONOMIE

À partir de la fin 1978 le gouvernement chinois a engagé des réformes pour passer d'une économie planifiée de type soviétique à une économie dite « socialiste de marché », dans laquelle la liberté d'entreprise est encadrée par le parti communiste. Par exemple, les autorités ont instauré un système de responsabilité par foyer dans le domaine de l'agriculture pour remplacer l'ancienne collectivisation, elles ont accru l'autorité des officiels locaux et des dirigeants d'usines dans l'industrie, permis une grande variété d'entreprises de petite taille dans les domaines des services et de l'industrie légère, et ouvert l'économie à un nombre accru de commerces extérieurs et d'investissements étrangers. La conséquence a été une transformation d'une économie de commande en un système d'économie mixte original, souvent nommé "économie socialiste de marché". Afin de promouvoir les échanges de compétences et de capitaux avec l'étranger tout en les surveillant de près, le gouvernement de Pékin a créé plus de 2 000 zones économiques spéciales (ZES) où les lois relatives aux investissements sont assouplies et où la venue d'étrangers est encouragée. Le résultat de la politique d'ouverture économique a été le quadruplement du PNB depuis 1978. En 1999, avec ses 1,25 milliard d'habitants et un PNB de seulement 800 $ par habitant, la Chine est devenue la sixième puissance économique au monde en termes de taux de change et la seconde après les États-Unis en termes de pouvoir d'achat. De plus, la Chine est entrée dans l'OMC en 2002. La Chine fait également partie de l'Asia Pacific Economic Cooperation (APEC). Le PNB en ce début d'année 2005 est évalué par le BSN (Bureau National des Statistiques) à 1600 milliards US$. En comparaison celui de la France est de 1660 milliards de US$ de même que le Royaume Uni. Cependant on peut d'ores et déjà considerer la Chine comme quatrième puissance économique mondiale. En effet sa monnaie reste calquée sur le dollar qui est dans la conjoncture actuelle faible par rapport à l'euro. L'économie chinoise marque un apaisement dans sa surchauffe économique suite au mesures d'austérité prises par le gouvernement, bien que le rique reste présent. Les investissements en capital fixe ont en effet été reduits en 2004 par rapport à 2003 tandis que la consommation a augmenté. Cependant la Chine est d'ores et déjà confrontée à de nouveaux problèmes économiques comme une inflation en hausse et des inégalites plus criantes entre la campagne et les villes. L'approvisionnement énergétique reste l'un des enjeux majeurs pour la vitalité de l'économie chinoise au cours des dix prochaines années et l'un des points les plus fragiles de son économie. Enfin si la place de l'économie chinoise dans le monde n'est plus contestée et que celle ci est devenue un partenaire commercial incontournable, il reste de nombreux points de désacord particulièrement sur l'immobilisme de sa devise fluctuant par rapport au dollar, la situation ne pouvant que profiter a Pékin étant donné la faiblesse de celui ci et l'importance des exportations dans l'économie chinoise. Si le système économique en 2005 ne peut plus être comparé à une économie planifiée de type soviétique et que la liberté d'entreprendre est aujourd'hui acquise le contrôle de l'économie et d'un grand nombre de ses leviers par le pouvoir central reste une réalité omniprésente, en témoigne la présence comme membres du parti central de nombreux nouveaux milliardaires chinois.

Culture

En tant qu'entité linguistique et culturelle relativement homogène et continue, dont la longévité surprend (et bouleverse les théories du déclin nécessaire des civilisations), la Chine a développé une culture originale et immense, qui a exploré presque tous les modes d'expressions connus : littérature, peinture, musique, etc. Elle a de plus inventé un art qui n'a pas d'équivalent dans les autres cultures : la calligraphie, art considéré comme le plus noble et le plus raffiné. Son économie de moyens (un pinceau, de l'encre noire, une feuille de papier absorbant) et son cadre très contraignant (l'ordre et la disposition des traits sont déterminés) en font, paradoxalement, un art dans lequel l'expressivité est à son comble : le pinceau y tient lieu de « sismographe de l'âme ».


 


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